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Version du 22/10/2002

Que faire, comment aider ?

Comprendre l'emprise    Aider les adeptes    Aider les enfants d'adeptes    Sortir d'une secte et s'en sortir

Voir aussi "Observations sur le droit belge", pour des conseils juridiques.

 

Comprendre l’emprise

On croit souvent que la différence entre une secte et une église tient à la nature des croyances partagées par les adeptes du groupe en question. Et pourtant, ce n’est pas le cas. De plus, toutes les sectes ne sont pas religieuses. Ce qui fait la différence, c’est le degré d’aliénation mentale qui règne au sein du groupe. Cette aliénation est mise en place (est induite, pour être précis) grâce, notamment, à la liturgie adoptée par le groupe.

Qu’entend-on ici par « aliénation mentale », et par quoi s’exprime-t-elle ?

- L’adepte d’une secte ne perçoit qu’une partie de la réalité (on peut dire que sa perception est « tronquée »). Cela s’accompagne de symptômes pathologiques (phobiques, psychosomatiques, etc.).

- L’adepte se trouve vis-à-vis du groupe dans un état de dépendance important qui, par certains côtés, fait penser à la dépendance toxicomaniaque.

Quand on dit que l’aliénation est « induite » par la liturgie du groupe, cela signifie que l’aliénation n’est pas une cause, mais une conséquence de l’embrigadement. Parallèlement, au lieu que la liturgie soit déduite des croyances comme c’est le cas dans les « groupes authentiquement religieux », la liturgie induit les croyances. Cela explique pourquoi une secte vantera toujours, avec plus ou moins de force, les mérites du passage à l’acte. Ainsi, si un adepte a un doute spirituel, on ne lui laissera pas vivre son doute, mais on lui proposera plutôt une activité destinée à supprimer la possibilité même du doute.

Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, ce n’est pas parce qu’on est fou, bête ou même fragile, que l’on a plus de chances d’entrer dans une secte. On pourrait même dire que c’est le contraire. Il est rare en effet qu’une secte s’encombre de « bouches inutiles ». Les sectes attendent plutôt de leurs adeptes qu’ils soient, en quelque sorte, efficaces et productifs. Par contre, on peut constater que les sectes se comportent vis-à-vis de leurs membres comme les mères dites « incestuelles » vis-à-vis de leurs enfants.

Racamier (auquel revient la paternité de ce concept) définit l’incestuel comme une atmosphère qui serait lourde d’inceste, sans qu’il y ait inceste. Il précise que cette atmosphère incestuelle fait le vide autour d’elle, et répand « du soupçon, du silence et du secret ». On croirait entendre une description par un ex-adepte de la vie à l’intérieur d’une secte. Racamier ajoute que l’atmosphère incestuelle, lorsqu’elle règne, entrave l’existence des rêves et des fantasmes, en même temps qu’elle favorise les passages à l’acte.  

Connu pour ses recherches sur la psychose, Paul-Claude Racamier a dirigé l’Institut de psychanalyse de Paris, ainsi que l’Institut de psychanalyse familiale et groupale. Il n’a rien écrit sur le phénomène sectaire, mais ses théories ont inspiré un grand nombre d’autres théoriciens en ce qui concerne la perversion narcissique, le harcèlement moral, l’emprise sectaire, etc. En ce qui concerne cette dernière, on citera surtout Emmanuel Diet (in Actes du deuxième colloque belge d’aide aux victimes de sectes, ainsi que Collectifs 1999, 2000a et 2000b).

Nous reviendrons sur ces points mais nous allons commencer par nous pencher sur les deux principaux mécanismes à l’œuvre dans les familles incestuelles, lesquels s’appliquent également aux sectes. Il s’agit de l’amalgame et du clivage.

En occident et dans une majorité de cultures, la famille se construit sur le modèle « papa - maman - enfant », c’est-à-dire un triangle (dit : « oedipien »). Ce triangle génère le tabou de l’inceste, ce qui signifie que le tiers paternel empêche la fusion « maman - enfant ». Dans les familles incestuelles, la mère règne seule sur l’enfant, dans un dualisme qui exclut le reste du monde (clivage), à commencer par le père. Ce manège à deux génère un interdit qui est presque l’inverse du tabou de l’inceste, et qui se traduit par un silence générateur de fusion. En l’absence de censure paternelle, la mère et l’enfant se confondent, se mélangent (amalgame). A bien des égards, la mère et l’enfant ne forment plus une paire, mais se perçoivent quasiment comme un seul être, dédoublé.

Dans une secte, l’égalité entre adeptes – et entre membres d’une famille – n’est ni une égalité de droits et de devoirs comme en démocratie, ni un idéal comme dans les utopies. La secte se présente en général comme la seule vraie famille des adeptes, or il s’agit d’une famille dans laquelle les enfants et les adultes formeraient une grande masse indifférenciée sous l’autorité d’un seul parent : le gourou.

Dans les sectes de grande taille, il (ou elle) sera, pour reprendre la formule d’Abgrall, un père qui recommande la fusion avec la mère (celle-ci étant représentée par le groupe) au lieu de l’interdire comme il (ou elle) le devrait. Dans les sectes de petite taille, il (ou elle) sera l’équivalent d’une mère très exclusive.  

Psychiatre connu des médias pour avoir été expert sur plusieurs affaires judiciaires telles que le suicide collectif de l’Ordre du Temple Solaire, Jean-Marie Abgrall a écrit plusieurs ouvrages sur le phénomène sectaire, dont un est considéré comme une référence en la matière : « La mécanique des sectes » (1996).

Au sein du groupe, la spécificité de chacun est abandonnée au profit de l’uniformité (amalgame). Par contre, les différences pouvant exister entre les adeptes et les non adeptes sont très exagérées (clivage).

Les adeptes se considèrent eux-mêmes comme un tout positif, et considèrent les non adeptes comme un tout négatif. Il y a les « gentils » et les « méchants », le « vrai » et le « faux », le « pur » et l’« impur », etc. (Il va sans dire que les sectes n’ont pas l’exclusivité d’une telle perception du monde).

Lorsque quelqu’un entre dans une secte, il y a une première période qu’on pourrait qualifier de « lune de miel ». Dans les débuts de ses relations avec la secte, la simplicité de ces dichotomies séduit l’adepte.

Par la suite, la liturgie sectaire le poussera à se percevoir lui-même comme scindé en deux. Une de ses deux parts étant un « Moi nouveau », qui est parfait grâce au gourou. La seconde part étant un « Moi ancien » qui, selon les dires d’une secte, « mériterait la mort », mais qui reste cependant bien vivant malgré toutes les attaques dont il est l’objet.

La conséquence de ce clivage est que l’adepte oscillera entre le paradis sans cesse perdu puis retrouvé de la fusion, et l’enfer de la honte et de la culpabilité. Entre l’extase et l’effroi, suivant un rythme plus ou moins rapide.

C’est ici que l’on peut commencer à percevoir la dimension traumatique du vécu sectaire. Au delà de l’explication théorique de l’emprise des sectes sur leurs adeptes, il faut remarquer que la plupart des symptômes observés relèvent effectivement de la victimologie. Or, d’après les spécialistes du traumatisme, ce dernier :

- suffit à provoquer un amalgame entre l’agresseur et sa victime (syndrome de Stockholm),

- s’accompagne d’un clivage de la perception de la victime.

Signalons au passage que les enfants ayant vécu au sein d’une famille dite « incestuelle » sont en danger de psychose. Deux questions se doivent dès lors d’être examinées :

- Quel sera l’effet d’un tel fonctionnement sur des adultes ?

- Quel sera l’effet d’un tel fonctionnement sur les enfants qui accompagnent ces adultes, voire naissent dans une secte ?

En ce qui concerne les adultes, qui sont en quelque sorte « infantilisés » par l’action de la secte, on peut répondre sans hésitation que ce comportement du groupe est la clé de l’emprise du gourou sur ses adeptes. C’est également la seule explication plausible au fait que des personnes jusque là normales, se mettent à avoir des réactions que leur famille et leurs amis jugent folles.

En ce qui concerne les enfants, il faut répondre avec plus de nuances.

Premièrement, si la plupart des clivages poussent à la dépendance, certains poussent à l’autonomie. Un exemple : il arrive que des parents adeptes de secte se comportent de façon différente avec leurs enfants suivant qu’ils soient en famille ou en groupe. De tels parents clameront que la secte est bonne pour les enfants, mais en privé, ils se comporteront  comme s’ils savaient que ce n’est pas le cas.

Deuxièmement, il y a des clivages - ou plutôt, dans ce cas-ci, des « lignes de partage » - qui sont imposés par les circonstances, et qui, à nouveau, peuvent avoir un effet positif. L’exemple le plus évident, c’est celui de l’enfant dont un parent rentre dans une secte, et dont l’autre parent demande le divorce et obtient un droit de garde ou de visite plus ou moins étendu. Pendant ces périodes, l’enfant a l’occasion de vivre d’une autre façon. On pourrait encore, comme exemples d’influences positives de ce type, évoquer le rôle des grands-parents, celui de l’école, etc.

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Aider les adeptes

Ne pas se culpabiliser

Le seul coupable est le gourou. Souvent, le conjoint, le parent d’un adepte se sent coupable de la situation. Ce sentiment de culpabilité lui permet notamment de croire (à tort) qu’il peut réparer la situation, donc la changer. C’est, de sa part, une attitude compréhensible. Néanmoins, il faut savoir que le conditionnement de l’adepte augmente avec le sentiment de culpabilité de ses proches (Collectif, 2001). Si un proche se remet en question, cela ne doit pas être en terme de faute passée, mais de relation présente et future avec l’adepte. En général, la famille est le groupe d’appartenance le plus fort qu’ait connu l’adepte, donc le plus à même de l’aider. Il est important qu’elle évalue puis transforme son fonctionnement interne, afin que ses membres, adepte y compris, se sentent mieux entre eux. Dans ce cas, le moment venu, ce dernier trouvera plus facilement la force de quitter la secte pour rejoindre les siens. Aucune famille n’est parfaite. L’entrée en secte de l’adepte peut devenir pour sa famille une occasion d’assainir les relations entre ses membres !

Ne pas essayer de convaincre l’adepte

Plus on argumente contre la secte, plus on convainc l’adepte que la secte a raison. C’est un effet paradoxal du conditionnement sectaire qui est difficile à comprendre, mais fondamental. De toute façon, l’essentiel n’est pas dans les croyances éventuellement bizarres du groupe, mais dans l’emprise que ce dernier exerce sur l’adepte. Une façon de s’y retrouver, c’est d’imaginer l’adepte coupé en deux : d’une part l’ancienne identité (Moi-Famille) qui entend les émotions de ses proches, mais est incapable de leur répondre, et d’autre part la nouvelle identité (Moi-Secte) qui entend les arguments de ses proches, mais les interprète comme une agression à son égard, et répond par sa mauvaise foi, voire par une agressivité qui peut dégénérer en rupture. Il ne faut surtout pas prononcer le mot « secte ».

Garder le lien sous une forme ou une autre

Le Moi-Secte sonne toujours plus ou moins faux. De plus, il est parfois très désagréable à fréquenter. Il ne faut pourtant pas se décourager. Il faut parler à l’adepte dans un langage propre à renforcer les liens familiaux, même si on a l’impression de ne pas être entendu. On dit parfois qu’il ne faut pas parler à l’adepte des choses désagréables. Mais une fois de plus, aucune famille n’est parfaite. Faire semblant que tout va bien, c’est tomber dans le même travers que la secte. il faut tâcher d’être le plus vrai possible. A l’opposé de la perfection, il y a la chaleur. A l’opposé des discours sur l’amour et de la charité obligée, il y a le foyer familial. On peut même verser des larmes, du moment que cela ne devient pas un moyen de pression. Dans une secte, tout est prétexte à faire pression. Si on s’engage dans un bras de fer avec l’adepte, premièrement on fait le même geste que la secte (et on contribuera donc au conditionnement), deuxièmement on ne peut que perdre ! Il faut parler à l’adepte du passé qu’on a en commun avec lui. Lui proposer des projets correspondant à ses anciens pôles d’intérêts. Etc.

Poser ses limites

Pour l’adepte, les lois de la secte l’emportent sur les lois de la famille et de la société. Il peut même dans certains cas être amené à commettre des infractions en parfaite inconscience. Comment lui faire respecter certaines règles sans paraître agressif ? En tout cas, il ne faut jamais lui faire la morale ! Il pense être plus moral que n’importe qui à l’extérieur de la secte. Et puis, essayer de le culpabiliser, c’est essayer de faire pression. Par contre, on peut très bien lui dire qu’on n’est pas d’accord avec tel ou tel comportement de sa part, en précisant que cela n’entame en rien l’amour qu’on lui porte. De façon plus générale, il ne faut pas perdre de vue que la vie continue, qu’il n’est pas nécessaire de la faire tourner autour de l’adepte, même si on a très envie de l’aider. Il ne faut jamais lui donner d’argent.

Préparer la sortie

A sa sortie de la secte, l’ex-adepte a besoin de trois sortes de renseignements :

a) sur l’emprise au sens large et au sens sectaire,

b) sur les coulisses de la secte dont il sort, et

c) sur ce qui s’est passé pour ses proches pendant qu’il était sous emprise.

Le temps sectaire est un temps d’éternelle répétition des mêmes actes et des mêmes émotions. Il faut aider l’ex-adepte à retrouver le mouvement de son histoire. Un bon moyen est de lui donner à lire un compte-rendu de ce qui s’est passé dans le cercle de ses proches pendant qu’il était dans la secte. De ses changements d’attitudes et de comportements. De quelques conversations frappantes. Des indices donnant à penser qu’il était sous emprise. De l’évolution des relations avec lui. D’anecdotes dont il aurait raté le déroulement du fait qu’il était en secte. Etc.

Ne pas hésiter à demander de l’aide

Toute personne qui prend conscience que son conjoint, un parent, un ami très proche est entré dans une secte, vit un problème très particulier, pour lequel les solutions habituelles sont généralement mises en échec. Beaucoup s’enferment dans une solitude honteuse. Il ne faut pas. Il faut choisir, dans le cercle des proches, ceux qui sont suffisamment pondérés pour ne pas « rentrer dans le lard » de l’adepte, et se confier à eux, partager le fardeau. Il ne faut pas hésiter à consulter des aidants professionnels. Il n’est pas inutile non plus de rencontrer des personnes qui sont (ou ont été) confrontés au même problème, ainsi que des ex-adeptes. Il ne faut pas perdre l’espoir, ni la patience !

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Aider les enfants d'adeptes

Les « lignes de partage » qui existent pour les adeptes, existent également pour leurs enfants. Dans les cas les moins dramatiques où ceux-ci fréquentent l’école, ils transportent néanmoins avec eux les valeurs et les enseignements du groupe. Cela les singularise à l’école, les rend marginaux (clivage). Par contre, ces mêmes valeurs et enseignements les uniformisent au sein du groupe sectaire (amalgame). Au delà du risque terrible de la psychose, qui n’est heureusement pas le devenir le plus fréquent des enfants qui ont grandi en secte, il faut relever le terrible manque de tendresse dont souffrent ces enfants. Un manque dont ils continueront à souffrir devenus adultes, et qui sera accentué par leur sentiment d’abandon et leur culpabilité du fait que leurs parents s’intéressaient au gourou tellement plus qu’à eux. Une culpabilité qui pourra selon les cas se transformer en haine - mais la haine n’est pas davantage une solution, ne serait-ce que parce qu’elle aussi pourrait entraver la socialisation. C’est le terrible sort de ceux qui sont aimés de façon conditionnelle. Alors que faire ?

Ecouter les idées de l’enfant, même si on sait que ce ne sont pas les siennes

Après tout, les enfants sont toujours sous l’emprise de leurs parents : on appelle cela l’éducation. Ce qu’il faut, c’est leur laisser l’occasion de s’approprier les idées qui leur ont été inculquées. Car en se les appropriant, ils les transforment – ou au pire, ils les transformeront à l’adolescence. Ni la poursuite d’un idéal, ni le clivage ne sont en soi nocifs, mais il faut les faire basculer vers la possibilité de l’autonomie. Pour cela, il est important, pour les enfants, non pas qu’on critique leurs parents adeptes, mais qu’on recadre le comportement de ceux-ci dans une perspective plus large, et qu’on les aide à faire un tri dans ce qu’ils ont reçu - car ils ont quand même reçu de l’amour, des règles, et tout ce que reçoit n’importe quel enfant.

Dépasser les clivages, démêler les amalgames

Pour dépasser les clivages qui ont cours dans la secte, il faut créer les conditions permettant le rétablissement de certains liens. Ainsi, il ne faut surtout pas que les enfants aient l’impression qu’on leur demande de choisir entre leurs parents adeptes et les parents non adeptes, car à vrai dire, ils ont besoin des deux apports. Aucun des deux ne permet l’autonomie, c’est la comparaison des deux qui permet aux enfants d’apprendre à faire leurs propres choix. Il ne faut pas essayer d’inverser le rapport uniformité/ singularité, ou inclusion/ exclusion, mais autoriser une double appartenance fondatrice d’intersections où ils aient l’occasion de développer leur propre identité.

Réinvestir les plaisirs, les rêves, l’imagination

Racamier (voir plus haut ainsi qu’en bibliographie) les présente comme « un antidote modeste et cependant irremplaçable ». Il conseille d’en user autant que faire se peut, et notamment par un moyen simple et à la portée de tout le monde : en donnant l’exemple. Les ex-adeptes redécouvrent les petits plaisirs de l’existence, ceux qui ont passé leur enfance dans une secte ont à les découvrir. Les proches qui ont l’occasion de passer des moments avec un enfant qui vit dans une secte, ont donc tout intérêt, non à essayer de le convaincre de quoi que ce soit, mais à lui offrir de tels plaisirs, à encourager ses rêves ainsi que l’imagination, absents de sa vie en secte. Et le meilleur moyen de susciter ces petits riens, c’est d’en donner l’exemple, en les vivant…

Autoriser les secrets

Avoir des secrets, c’est le début de l’autonomie. Les « jardins secrets » sont le noyau de l’individualité. A l’inverse, vouloir révéler aux enfants les secrets qui pervertissent la vie sectaire est finalement moins important que de lever leur peur de la révélation. D’une certaine façon, la plupart du temps, ces enfants savent ce qui se passe, même s’ils n’arrivent pas à mettre des mots sur ce savoir, mais avant tout ils ont peur de perdre l’amour des parents adeptes. Cette peur est susceptible de les figer face à la révélation, et l’insistance des parents non adeptes sera souvent nocive, dans la mesure où elle contribuera à les singulariser (dans un amalgame avec les parents adeptes).  De plus et de façon générale, il ne faut pas devancer les questions d’un enfant. Voulant bien faire, les proches - et même les intervenants - pourraient se montrer intrusifs, et donc reproduire ce qui n’existe que trop dans la secte.

Reconstituer une temporalité

Il importe que ces enfants retrouvent le fil de l’histoire de leur famille, que la secte tend à couper en se substituant à la filiation réelle des adeptes. Peu importe si ce fil est biaisé, par exemple du fait d’interférences des parents adeptes. Ce qui compte, c’est que ce fil ne soit pas coupé. A cet effet, tous les moyens seront bons, sauf s’ils impliquent une manipulation de l’enfant. Les photos de famille sont un bon média. Mais il y en a beaucoup d’autres possibles. La créativité est, une fois de plus, la bienvenue.

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Sortir d’une secte et s’en sortir

Pour les ex-adeptes, il n’est pas toujours facile de retrouver une vie « normale » :

Dénouer l’emprise

Il leur reste un certain nombre d’automatismes de pensées et de comportements susceptibles de les mettre en porte-à-faux vis-à-vis de gens qui n’ont pas vécu la même expérience. Y compris, d’ailleurs, vis-à-vis des « professionnels de la santé mentale » qu’ils pourraient être amenés à consulter, si ceux-ci ne croient pas à la possibilité de la manipulation mentale. Il leur faut donc commencer par repérer les automatismes implantés par la secte.

Guérir les phobies

Il peut leur rester une ou des phobies tenaces qu’il convient de débloquer avec les autres automatismes, en remontant à leur source. Précisons qu’il est impossible de changer la personnalité de quelqu’un... Par manipulation mentale, il faut entendre une modification de la perception du monde. Ce type de modification peut s’inverser assez rapidement, à condition de trouver la clé. Dans la plupart des cas, lire l’un ou l’autre livre sur les techniques de manipulation et/ou sur le groupe sectaire considéré peut suffire à dégager l’ex-adepte de l’emprise dont il était l’objet. Rencontrer d’autres ex-adeptes peut s’avérer indispensable. Il n’y a pas de honte à demander de l’aide à des intervenants spécialisés.

Retrouver une temporalité

Pendant qu’ils étaient « en secte », le cours normal de leur histoire s’est interrompu. Il leur faut se réinsérer dans une histoire qui n’est ni ce qu’elle était au moment de l’interruption, ni évidemment l’histoire dans le groupe sectaire. C’est toute une reconstruction, qui demande beaucoup de créativité, à la fois pour faire la synthèse, potentialiser tous les possibles et faire le deuil de ce qui serait devenu impossible. Il leur faut, entre autres, remplir l’immense vide laissé dans leurs loisirs, aussi bien que dans leur vie spirituelle, ou encore dans leur tissu relationnel, etc.

Renouer les liens à l’extérieur du groupe

Il leur faut affronter les proches qui auraient été blessés par l’épisode sectaire, dépasser le sentiment de culpabilité (inutile aussi bien qu’injustifié) pour arriver à une position responsable, c’est-à-dire prendre sur soi de réparer ce qui peut l’être, et tirer le positif de son expérience. Cette étape est souvent la plus difficile, en ce sens qu’elle réclame énormément d’énergie à des personnes qui souvent, sont déçues, déprimées, fatiguées, etc.

Eviter l’amertume

Il reste le problème des proches qu’on laisse derrière soi dans le groupe sectaire, et avec lesquels, trop souvent, le contact devient difficile, voire se rompt. Il convient de déterminer ce qui est le plus important, de l’affection qu’on a gardé vis-à-vis d’eux, et de la haine qu’on a développée pour le système dans lequel ils sont pris. Il arrive régulièrement que la rupture ne soit pas imputable au désir de l’adepte ou à une manœuvre du groupe, mais à la colère qui se développe de part et d’autre, du fait de comportements « anti-sectes ». Ceci dit, il ne faut pas tomber dans l’excès contraire consistant à nier qu’il y ait un problème.  

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Organisé avec le soutien du membre  

du Collège de la Commission communautaire française

chargé de la Santé

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