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Version du 26/10/2002Synthèse
et recommandations suite aux deux recherches
par Jean-Claude Maes Jean-Claude Maes est psychologue, psychothérapeute familial systémique et président de SOS-Sectes. Cet article est paru dans les Cahiers de la Santé n°16 : "Phénomène sectaire et santé mentale" (voir "Publications"). On s'étonnera peut-être qu'il se termine par des "recommandations"... L'explication est qu'il concluait un rapport remis à l'autorité qui a subsidié la finalisation de ces deux recherches, le membre du Collège de la Commission communautaire française (belge) chargé de la Santé. Ces recommandations ont été développées dans la rubrique "Conseils" du présent site. La première recherche
nous montre que les majorité des ex-adeptes de notre échantillon présente une
personnalité de type névrotique ; l’idée fréquente selon laquelle les
sectes charrieraient une population d’individus psychiquement fragiles s’avère
donc peu convaincante. Néanmoins, nombre de nos observations tendent à montrer
l’existence, dans notre population d’ex-adeptes, de certaines failles :
On observe également
que la plupart des ex-adeptes ont vécu un an maximum avant leur adhésion un
deuil réel ou symbolique. Aussi, ces individus présentaient au moment de leur
adhésion des mécanismes de défense déforcés. Les deuils vécus, résurgence
de la position dépressive, rappellent l’ambivalence de l’objet. Le principe
de plaisir est confronté au principe de réalité. Il existe un manque. Le Moi
est fragilisé. La rencontre de la secte, qui fonctionne de manière
parano-schizoïde c’est-à-dire en-deçà de l’acceptation du manque, offre
à l’adepte des satisfactions immédiates. La pensée magique prime sur la
castration. Cette rencontre avec la secte permet à l’adepte de régresser à
des modalités de fonctionnement oral (y compris – et c’est très surprenant
– dans le cas des personnalités obsessionnelles). La seconde recherche, trop riche pour être facilement résumée, m’a amené assez régulièrement à insérer des extraits de Racamier (1995) dans le texte de Laurence Dricot, pour montrer en quoi la secte fonctionnait suivant des modalités incestuelles (quand il n’y a pas d’inceste mais une ambiance d’inceste) :
Nous avons,
en outre, été amenés à faire un certain nombre de comparaisons avec le
fonctionnement toxicomaniaque. Il s’est, enfin, avéré – ce qui pourrait
sembler évident, mais fut détaillé - que pour des ex-adeptes dont les
familles d’origine sont organisées sur un mode analogue au mode sectaire –
donc incestuel -, le pronostic était moins bon que pour les autres ex-adeptes. De tout cela, il ressort un certain nombre de recommandations : - en
termes d’infrastructures : Au risque de paraître prêcher pour notre
chapelle, il me semble qu’il faut préférer, pour une telle problématique,
des structures spécialisées, à des structures plus généralistes. Ceci pour
deux raisons : 1) tant les comportements manipulateurs que les secrets
sectaires appellent, pour reprendre les recommandations de Nannini et Perrone
(1995) à propos des violences perverses, un « dévoilement » - je
dirais même, quant à moi, une démystification – qui n’est possible aux
intervenants que s’ils connaissent très bien les sectes en général, et
suffisamment la secte dont sort chaque ex-adepte en particulier ; 2) les
problématiques narcissiques me semblent réclamer de la part des institutions
qui les traitent qu’elles servent de support identificatoire en même temps
que de lieu de cure, ce qui est impossible à des institutions généralistes. -
en termes de stratégies : Il y a dans le sectarisme un certain nombre
d’aspects délinquants, voire pervers (dans la mesure où la loi est plus
souvent contournée qu’enfreinte) qui demanderaient une collaboration active
avec la Justice (au sens large). Il y aurait probablement aussi, dans le même
esprit, la nécessité d’études criminologiques portant, entre autres, sur la
jurisprudence et les institutions. Il y aurait enfin tout un travail à
effectuer en matière de prévention. Nous sommes depuis longtemps convaincus de
l’inutilité – voire la nocivité - de désigner au public tel ou tel groupe
comme secte. Non seulement c’est la porte ouverte à toutes les chasses aux
sorcières, mais on sait bien, à travers l’étude de problématiques comme la
toxicomanie ou l’abus sexuel, que si l’information est toujours nécessaire
à la citoyenneté, elle est rarement, par contre, préventive. -
en termes de techniques :
A la sortie de ces deux recherches, il y aurait beaucoup de choses à développer
sur « l’aide aux victimes de sectes », mais puisque j’ai
beaucoup utilisé les théories de Racamier, je vais terminer ce rapport en le
citant une fois de plus. En matière de traitement de victimes d’incestuel, il
vante les vertus du cadre et de la mise en perspective :
Racamier appelle cela une « enveloppe qualifiante » (ibid., p. 233). On pourrait également, ici, faire référence au « pack » proposé par Anzieu pour soigner les altérations du Moi-peau (Anzieu, 1985, pp. 135-137).
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